« Je ne peux pas conserver un travail si je ne peux pas y mettre de sens profond »

Dès les prémices de ce blog, je vous avais annoncé mon envie de donner la parole aux personnes qui m’inspirent et me motivent dans ce chemin de vie. Aujourd’hui j’ai l’honneur d’inaugurer les interviews en accueillant dans mon univers Julie, auteur des blogs Zunzún et auparavant Working-mama.

Bonjour Julie, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Julie, Zunzùn blog

Julie, créatrice du blog Zunzùn

Bonjour Claire, merci de me faire une petite place par chez toi 🙂
J’ai 35 ans, 2 enfants, je vis en Auvergne au Sud-Est de Clermont-Ferrand depuis 2010. J’aime aimer, vivre, rire et partager. Pour les trois premiers j’ai ma famille et mes amis, pour le quatrième j’ai aussi ce blog, ZunZún, que j’ai créé en juin 2016 et qui me fait vivre aujourd’hui.
Au départ il avait vocation à partager sur 4 thèmes principaux : vivre, créer, cuisiner, décorer. Et puis comme je suis en constante évolution, il a évolué avec moi. Aujourd’hui il est surtout consacré à la Communication non violente (CNV), à la parentalité, à une certaine philosophie de vie en fait. Et au Bullet Journal , même si les publications sur le sujet sont plus rares en ce moment.
Depuis septembre 2017, j’y parle aussi de mes lectures et relaye ma présence sur France Bleu Pays d’Auvergne. Et Dans quelques jours je lance mes premières formations en ligne sur la pensée positive, puis sur la CNV.

Tu as eu plusieurs vies professionnelles avant celle-ci. Peux-tu nous expliquer ton cheminement ? Quels ont été les moteurs de changements ?

Je suis l’exemple même de ce qu’on appelle aujourd’hui la « génération slasheur », autrement dit je saute d’un métier à l’autre depuis plusieurs années dans des secteurs parfois très différents : de musicienne (intervenante en milieu scolaire, flûtiste de scène et de studio, et professeur de flûte traversière), je suis devenue développeuse web, puis rédactrice web dans une enseigne e-commerce, actuellement blogueuse à temps plein. Hormis dans la phase « rédactrice web » qui a duré 1 an, j’ai toujours exercé en indépendante.

Je ne peux pas conserver un travail si je ne peux pas y mettre de sens profond.

Les moteurs de mes changements ? La curiosité, le défi. La passion surtout. J’ai toujours touché à tout et à l’âge adulte, c’était une façon de me challenger que de me dire « tu sais faire ça et ça te passionne…et si tu en faisais un métier ? » J’ai un profond besoin de liberté, d’où mon indépendance, mais aussi un grand besoin de sens. Si le sens se perd et que je ne parviens pas à rééquilibrer, alors je crée autre chose sur la base d’une autre passion.

Tu as fortement réagi à mon article sur l’épanouissement par le travail, peux-tu me donner ton point de vue à ce sujet ?

Je pense que l’épanouissement par le travail est un concept à double tranchant. D’un côté, oui, travailler peut être épanouissant. Mais de là à dire que le travail est une composante intrinsèque de l’épanouissement, je prendrais quelques précautions.
A mon sens, l’épanouissement est quelque chose qui vient d’abord de l’intérieur. Un système de besoins que l’on parvient à combler ou pas, d’abord pour soi et avec soi, à l’intérieur de soi. Le travail peut être un outil permettant de combler un ou plusieurs de ces besoins mais alors il devra être vraiment raccord avec notre système de valeurs. Il est plus courant aujourd’hui de voir des gens inhiber leurs besoins pour réussir à s’adapter au travail que de voir le travail s’adapter aux besoins du travailleur. Dans ces conditions, la possibilité d’épanouissement par le travail me semble limitée. Ça ne veut pas dire qu’elle est impossible, mais elle ne se suffit pas à elle même.

Tu fais partie des personnes ressources inspirantes dont je parle dans cet article. Comment expliques-tu ce pétillement dans tes yeux ?

Je n’ai pas de réelle conscience de ce pétillement, ce sont les autres qui me le racontent et je te remercie donc pour ces mots qui me touchent beaucoup !

Je crois que c’est parce que malgré d’assez grandes difficultés à trouver et comprendre qui j’étais, ce qui est somme toute une découverte très récente, j’ai quand même toujours gardé une forme d’intuition dans mes choix et que je me suis autorisée à les mettre au service de mes besoins même si je ne m’en rendais pas compte.
Mon expérience de salariat n’était aucunement satisfaisante pour moi, il aurait pourtant été plus simple de la conserver mais je l’ai quittée parce que je savais que ce n’était pas ma place.
Depuis la création du blog et surtout depuis ma décision de le professionnaliser en janvier 2017,
je fais mes choix en conscience car j’ai appris à identifier réellement mes besoins et mes valeurs, et je crée donc le travail qui me correspond et qui me permet non seulement de les combler, mais également de les rendre plus ambitieux. Alors forcément, ça donne envie de pétiller !

J’imagine que ton parcours n’a pas été tout rose non plus… Quelles ont été tes difficultés ? Comment as-tu vaincu les moments de doutes ?

Un joli syndrôme de l’imposteur 🙂

Ma plus grande difficulté, même si beaucoup considèrent cela comme un atout, est que je suis autodidacte dans tout ce que je fais. A part la musique, pour laquelle je me suis formée notamment en ce qui concerne l’enseignement, toutes mes carrières professionnelles sont autodidactes. De ce fait, je ressens souvent une forte illégitimité car j’ai une fâcheuse tendance à me comparer à ceux qui font déjà ce que je fais et, j’en suis persuadée, beaucoup mieux que moi. D’autant qu’eux, au moins, ont une certification qui justifie leurs compétences. Je doute donc très souvent de moi, de mes capacités et de mes choix, ça me paralyse parfois pendant un temps. 

Toutefois quand quelque chose me porte, je suis déterminée et rien ne peut m’arrêter, alors je finis par franchir mes peurs (au prix de quelques périodes de stress intense…) et atteindre mes objectifs.

J’ai compris il y a peu que solliciter l’aide de personnes fermes et bienveillantes m’était très bénéfique, alors que j’ai longtemps voulu me débrouiller seule avec ça et que je pouvais mettre un temps fou à me sortir de mes impasses. Aujourd’hui je suis entourée de collègues et amis qui me fixent des échéances précises dans le développement de mes projets, qui me bousculent parfois car ils me font affronter mes peurs, mais face auxquels je ne peux pas me défiler car j’ai noué une forme d’engagement avec eux. Ne pas respecter ces engagements serait les trahir, et me trahir moi-même également car au final, c’est quand même pour moi que je travaille et que je dois vaincre mon imposteur !

Qu’as-tu envie de transmettre aux personnes qui, comme moi, recherchent l’équilibre dans leur vie professionnelle ?

C’est en comprenant ce qui m’animait, tout au fond de moi, ce qui me portait pour les autres et pour moi-même, que j’ai compris comment orienter mon travail, pour qu’il participe à mon épanouissement.

Cela fait peu de temps que je suis moi-même à ce que j’entrevois comme le réel équilibre alors je ne sais pas si je suis la mieux placée pour détailler comment faire, mais ce que je retiens de mon parcours, ce sont les valeurs. C’est en comprenant ce qui m’animait, tout au fond de moi, ce qui me portait pour les autres et pour moi-même, que j’ai compris comment orienter mon travail pour qu’il participe à mon épanouissement, qu’il en soit une pièce véritable au même titre que les choses que je peux faire sur le plan personnel pour m’épanouir.

Comme le travail fait partie de ma vie, j’ai choisi non pas de le subir en m’y adaptant, mais bien que ce soit lui qui s’adapte à mes valeurs profondes.

En fait, c’est ma vie que je souhaite épanouissante dans sa globalité. Depuis, j’ai l’agréable sensation de surfer sur une vague tranquille qui se déroule comme j’ai besoin qu’elle le fasse. J’ai conscience que la situation d’indépendante aide pour cela, puisque je suis libre de prendre mes décisions. Mais nous avons tous le choix de créer notre propre travail si ceux qui existent déjà ne nous semblent pas en mesure de répondre à nos besoins.

Nous nous heurtons toutefois à des croyances limitantes parfois très ancrées, qui tentent de faire taire nos valeurs et nous donnent une vision erronée de la réalité, et qui finissent par nous empêcher d’oser une autre expérience. C’est contre ces croyances limitantes qu’il faut lutter.

Parlons de choses qui fâchent, si tu le veux bien  : l’argent ! Aujourd’hui, vis-tu totalement de ta reconversion ?

Oui, 14 mois après avoir fait le pari de professionnaliser mon blog, j’en vis totalement. Modestement pour l’instant. Mais cela correspond à mes objectifs et à la progression que je m’étais fixée pour ce projet un peu fou à la base. Vivre de son blog, ça reste un défi de taille et je suis très contente de la situation actuelle. Je pense maintenant ce blog comme une entreprise à part entière, je développe de nouveaux projets et de nouveaux leviers de monétisation pour pouvoir continuer ainsi à progresser.

Bien sûr j’ai perdu en niveau de vie, je gagne exactement deux fois moins qu’auparavant. Mais cette perte est tellement insignifiante en regard de ce que j’ai gagné en confort intérieur, en authenticité, en sens et en réalisation de moi-même !

Et maintenant que j’ai réussi à installer ce travail qui fait tellement écho à ce que je suis devenue, je peux l’envisager sous un angle de développement qui va me permettre d’atteindre à nouveau le salaire que je pouvais me verser auparavant.

Pour moi il était indispensable de passer d’abord par la phase de mise en adéquation des deux pôles valeurs / travail. Maintenant que c’est fait, je passe la seconde avec une nouvelle mission : doubler mes revenus tout en préservant l’esprit du blog et ce que les lecteurs aiment venir y chercher. J’ai pas mal de projets sur le feu pour cela 🙂

Pour conclure, y-a-t-il des ressources inspirantes qui ont permis ton évolution ? Une personne, un livre, une conférence, autre chose ?

Cette évolution est diffuse ; elle est issue de mes expériences et donc d’un réajustement permanent depuis des années. De fait, je pourrais citer des ressources qui m’ont inspirée il y a déjà plus de 10 ans ! Toutefois c’est sur les deux dernières années que les choses se sont précisées.

Découvrir mes besoins m’a fait redécouvrir la Vie, ce qui faisait sens, j’ai regardé les gens, la Nature, ça m’a donné de la force, profondément.

Cette nouvelle façon de vivre le travail en fonction de mes valeurs a été permise par la découverte et la pratique de la Communication Non Violente (avec Marshall B. Rosenberg et Thomas D’Ansembourg, mes mentors en la matière), par le dynamisme infatigable de David Laroche (coach et conférencier), par les multiples ouvrages de développement personnel que j’ai pu lire et travailler (et notamment Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même de Lise Bourbeau).

J’ai découvert le yoga Kundalini et la méditation de pleine conscience, j’ai appris avec eux à écouter mon intuition. Et puis j’ai été inspirée par la Vie aussi. Ça peut paraître bateau, un peu, mais c’est quand même vrai. Découvrir mes besoins m’a fait redécouvrir la Vie, ce qui faisait sens, j’ai regardé les gens, la Nature, ça m’a donné de la force, profondément.

4 réflexions sur “« Je ne peux pas conserver un travail si je ne peux pas y mettre de sens profond »

  1. Encore ce fameux syndrome de l’imposteur, décidément personne n’y échappe! Je comprends qu’elle te motive en tous cas , elle a l’air très dynamique. En tous cas ça fait remonter « les mots sont des fenêtres » dans ma liste de livres-à-lire-que-j’ai-pas-le-temps-d’ouvrir ☺️

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