Je ne dors pas, je veille

Une amie m’a demandé l’autre jour, après avoir lu mon interview, comment je faisais pour faire autant de choses. En fait je ne dors pas assez en ce moment. Et cela me laisse, dans le meilleur des cas, beaucoup de temps pour faire d’autres choses.

Mais je dois vous l’avouer, je ne dors pas, je veille. Quand la pénombre arrive, je suis aux aguets, je tourne comme un lion en cage. Cela n’a rien de la soirée agréable que l’on s’accorde parce que l’envie est là. Épuisée ou pas, je ne dors pas. Mon corps se tient alerte dès que la nuit approche. Il puise une énergie dans une source inconnue, tendu, alors même qu’il a lutté, tout le jour durant, pour ne pas sombrer dans le sommeil. Quand l’occasion est là, il ne dort plus.

Tout est bon pour le maintenir éveillé. Dans le meilleur des cas je peux lire, écrire, dessiner, ce tour de garde se transforme alors en un moment agréable. Dans les cas les pires, comme en ce moment, je lutte. Je n’ai plus le cerveau suffisamment en forme pour aligner deux phrases. Je n’ai plus les yeux assez alertes pour intégrer ce que je lis et je n’ai pas la force de dessiner parce que cela me mobilise entièrement. Dans ces cas là, je surfe. Je regarde une série, une émission, quelque chose qui ne nécessite pas d’action de ma part, quelque chose qui me tient juste consciente.

Je ne dors pas je veille. Pendant que tout le monde sombre et se retape, je guette. Cela n’a rien de raisonnable. Cela n’est même pas tout à fait conscient. Mais le sommeil n’est pas pour moi si mon homme lui, dort. On tient la garde à tour de rôle. Quand enfin il est éveillé, je tombe. Généralement je sombre avant, bien-sûr. Lorsque mon corps et mon esprit ne tiennent plus. Lorsque la limite est atteinte et dépassée.

Une sentinelle. Ne pas baisser la garde, ne pas abandonner, jamais. Ne pas laisser la mort entrer de nouveau. Ne pas laisser son sommeil devenir trop profond, la maladie l’envahir, son souffle ralentir. Ne pas oublier, ne pas se reposer. Ne pas faillir. Se relayer, toujours.